Mercredi, 09 Mars 2011 23:19

Benoit Delmas, Lawrence Alvarez (Benoit et Lawrence ont fondé en 2001 Grand Sud Organisation) et Jean Philippe Béziat, sous l'égide de la fédération Royale Marocaine des Sports Automobiles (représenté par Monsieur Abdelouhared Ettoubaji “Toubaji”), ont réussi, pour la seconde année, à faire battre le coeur de passionnés d'aventure et de chronos durant près d'une semaine dans le sud Marocain.
Les parcours, tous au départ de M'hamid, fonctionnent donc sur le principe du trèfle déjà éprouvé sur le Shamrock entre autre. Chaque journée à ses spécificités de distance, terrain et donc difficulté, mais hors les 5 km pour rejoindre l'aire de départ, le goudron est inexistant sur le M'hamid Express. Pour simplifier la navigation, pas de road-book, juste une feuille journalière des « dangers !,!!,!!! ». Pour vous diriger, votre GPS perso, dont les points de chaque boucle vous seront téléchargés directement par l'orga lors des contrôles administratifs. Du coup pas besoin d'être un as de la Nav, laissez vous guider avec un maximum de sécurité.. La sécurité justement, le secteur est très bien maitrisé par Benoit (traceur de l'épreuve entre autre) puisqu'il habite et roule sur M'hamid depuis 10 ans... Ses choix d'itinéraires, tous axés sur la vallée du Draa, permettent de canaliser les équipages sur un secteur bien défini, de choisir les pistes ou les hors pistes les plus intéressant mais aussi les moins risqués. Cela permet à n'importe quel pilote de pouvoir s'amuser, voir de se tirer la bourre sans flipper en permanence à la moindre saignée... Dernier point, il existe une volonté réelle de limiter le nombre d'inscriptions. La plus part des participants viennent par le bouche à oreille, ou informé par les rares articles parus dans la presse spécialisée tout terrain. Des 15 engagés en 2010, 2011 à vu arriver 38 équipages.
Certes cela peut faire sourire, mais les organisateurs ne veulent pas dépasser les 50 pilotes. Pourquoi ? Garder une réelle convivialité à « l'ancienne » et pouvoir conserver un contrôle sur la sécurité notamment. Pas d'hélico, encore moins d'avion... Mais une équipe de toubib quand même ! Et puis comme le secteur est bien cadré, les éventuels problèmes, et il y en a toujours sur ce type d'évènement, sont gérés rapidement. Mais rassurez vous, cette année, pas un bobo. Enfin si, deux ou trois tonneaux, quelques ponts cassés, des amortisseurs hs, un peu de carrosserie et d'embrayages mais quoi de plus normal sur un rallye !
Cette course est ouverte aux véhicule 4x4 (l'essentiel du parc) mais aussi aux SSV. Ces derniers étaient au nombre de 5 en classe Rallye et 1 en classe raid. Le nombre suffisant de SSV a permis également de mettre en place le 1er Challenge SSV Off Road. Alors, si d'un côté l'équipe du M'hamid Express fait dans le sobre, la structure mise en place par le concessionnaire Polaris Polymotors était digne des plus grandes épreuves. Camion atelier (Cap Quad 34, Jean Marc Meunier), tentes, mécanos, pièces et surtout une énorme volonté de tester leurs protos et d'accompagner jusqu'au bout tous les participants SSV, quelque soit leur concess habituel. Faut dire aussi que c'est du mono-marque. Pas un Rhino, pas un Commander, pas un T-Rex... Les absents ont toujours tord, désolé si côté Popo, c'est du lourd ! René Jean Rinaldi (le “plus jeune”, 57 balais !) avec Julien Roustan comme co-pilote (N°117) sont venus avec une version US Holz ! Polymotors/SSV Off Road profitent de ce rallye pour faire rouler une version Raid développée par leur soin du RZR N°114 piloté par JP Béziat (avec Hélène la p'tite soeur en co-pilote).
Mais également le X-Raid N°116, véritable proto au châssis maison (avec les Caron Brother, Christophe et Bruno dans les baquets) qui profite de cette semaine pour faire ses premiers tours de roue en live. Et c'est plus que du frais pour le X-Raid puisque cette machine sera finie in extremis le matin du premier départ ! Suivent ensuite deux RZR S stock ou presque. Le premier, N°115, avec un moteur un poil tapé (et les portières en carton !!) emmené par le tandem Laurent Guillot et Stéphane Rul, le second, stock N°118, piloté par des Belges très Wallon Sébastien Guyette /Cédric Vanderlinden. Sacrée ménagerie, ambiance d'enfer et bourrée d'ambitions, car contrairement à moi, avant le départ, ils y croyait à fond ! La suite va nous monter qu'ils avaient raison...
Le premier truc marrant, c'est que les RZR sont en catégorie T1 et donc jouent dans la même cour que les voitures les plus affutées... Et dans le genre “affutés” ils vont être servis puisque au-dela des habituels Land Bowler et autre Toy “usine”, deux buggy venus directement des USA. Avec leurs gros moteurs de corvette de 500 cv et des amortos FOX à faire pleurer un vendeur de matelas, ils ne sont pas tombés d'un arbre, ni venus là pour rigoler (une fois sur la piste). Du coup, les RZR, affichant une vitesse de pointe de Panda 4x4 et une fiabilité dont je ne suis pas certain dans de telles conditions extrêmes, ne semblaient pas pouvoir faire face aux “Z'autos”. Je n'aurais pas mis 10 € sur les chances de finir des Polaris ... Mais bon, j'aurais du me méfier rien qu'en regardant la motivation des SSV'Boy...
Si notre présence sur le sol Marocain s'est étalée sur 8 jours (faut s'adapter au climat, boire quelques thé... Visiter la Kasba), il n'y eu que 5 jours réels de course. Mais quelles journées !
Car sur le M'hamid vous pouvez repartir. Alors ils vont faire récupérer leur machine rapido, réparer la fuite d'essence et les quelques fils grillés et repartir de plus belle avec certes du retard. Mais ils sont là pour tester ce proto, alors testons, ce qui veut dire pour un Caron : GAZ ! Gros soucis aussi pour Laurent Guillot, roulant pour la première fois en SSV, et qui en a profité pour casser son moteur tout neuf... Pour les Wallons aussi des soucis alors qu'ils avaient pris la tête. La courroie casse, une heure de perdue... Au final de la journée, ce sont les deux gros buggy qui remportent la timbale, mais juste derrière ( à 17 mn) et donc sur la troisième marche, un RZR !? La famille Béziat (JP avait gagné en quad l'an passé) torpillent tout les autres équipages ! A noter aussi, que les Caron sur le X-Raid ont effectué leur tour, après avoir réparé, en 1mn de plus que le plus rapide des buggy. Va falloir lever le pied les gars, z'etes en Rallye Raid !!! Des 38 équipages partis à 9h, seul 8 boucleront les deux tours dans les temps impartis. Le M'Ahmid, petit rallye, oui, mais costaud ! Autant dire que le soir les discussions vont aller bon train, tout comme la mécanique, Leo le mécano Polymotors continue sa semaine de 35h en 3 jours ! Moteur à refaire, cardans à changer, enlever la suie du X-Raid etc...
Le deuxième jour, on passe de James West à Tintin, l'étape porte le doux nom “D'objectif dunes”. Si ces cordons font souvent peur aux voitures, dans le camp des SSV on frétille d'impatience... Journée difficile tout de même avec encore une fois des parcours variés, mais un morceau de choix en plus, la traversée du cordon de grosses dune de Chegaga, du sud au nord. Fechfech sur 30 bornes, de la piste, des petites dunes, un oued, l'oasis sacrée, slalom entre les Callotropis (sortes d'arbustes aux grosses feuilles rondes), c'est toujours mieux que des acacias et leurs épines, de nouveau des pistes rapides puis des dunettes jusqu'à l'arrivée. Dans un terrain aussi varié, c'est le RZR Raid de JP et Hélène Béziat qui pointe en tête ! Un des buggy s'est fait un salto par l'avant heureusement sans dommage, son bi-nome est venu l'aider, d'ou une petite perte de temps... Plus loin arrivent nos amis belges (N°118), suivit du 115 et du 117. Mais les pistes deviennent plus rapides en seconde partie du parcours et les voitures bien plus rapides reprennent l'avantage. Les Béziat finiront 4, ce qui reste superbe et toujours 3 au général des deux première étapes. Juste derrière le 115 est dans leurs roues. Même Rinaldi, se sortira des dunes franchies en 2 roues suite à une nouvelle casse de cardan. Pas largués les RZR ! Enfin, un poil si, pour le 116 des Caron, qui après avoir holeshoté tout le parc en pointant avec 10 mn d'avance au bout de 40 bornes, ont pris le moteur dans le museau sur bris de soupape. Z'avez qu'a aller moins vite non de non ! Idem pour le 118 qui mange de la courroie ( et un vario...) et le 117 qui lui aussi est un glouton mais de cardans... Heureusement la nuit, les mécanos continuent de ne pas compter leurs heures et liment du piston !
“La chevauchée désertique” (James Coburn ?), nom de l'étape du jour, en a effrayé plus d'un puisque c'est la plus longue du rallye et vu les déboires mécaniques connus par plusieurs équipages, d'arriver au bout dans un temps raisonnable semblait inaccessible. Mais les pilotes commençant à comprendre la logique du roulage en SSV sur un rallye raid, ont le pied plus léger ... Du coup, pas de soucis et l'ensemble des machines arrivèrent au bout et avec brio. C'était pourtant là que tout devais casser... L'ensemble des participants profiteront surtout de pistes rapides, dont l'ancien tracé du Dakar (le vrais), feront le tour du lac Iriki (sans eau, qui n'a de lac que le nom...), puis longèront par le nord l'erg Chegaga, des plateaux, des dunettes puis enfin M'hamid libérateur. Le 114 est toujours dans les 4 premiers à passer sur le premier CP. Et au final, malgré des pistes ultra rapides tous les RZR finiront dans le top 10. Et pour rappel, sans aucune casse, non ? Si ! Les Béziat prennent la seconde place au classement général … Qui l'aurait cru, pas moi en tout cas !
4 eme jour de course sur “On a roulé sur les dunes”( re- Tintin). Le titre résume presque toute l'étape. Si ça commence fort avec une variété de terrain qui complique la tache des équipages, le gros morceau est de nouveau les grandes dunes de Chegaga qui cette fois seront traversées d'est en ouest sur 40 km !
Avec “Bons baisers de M'hamid” (Sean Connery ??), arrive la dernière “manche” de cette superbe semaine. Le vent de sable bien installé rajoute un peu de piment sur la dernière étape plus proche d'une courte Baja. Une boucle de 40 km à parcourir 4 fois. Après la photo souvenir de groupe le départ est donné toujours à 9h pétantes deux par deux. En première ligne on retrouve les belges côte à côte avec le buggy de 520 cv, l'image est saisissante et comme pour laver l'affront de la veille le gros moteur V8 souffle et propulse la sauterelle devant le RZR. Suivent le duo Béziat et Guillot. Ensuite Rinaldi bataille avec un Range et le taxe sans complexe. Plus loin, si les Caron semblent à la bourre sur la ligne de départ ils sauveront l'honneur en scratchant cette étape (enfin !) mais aussi en battant le record du tour détenu par Benoit (l'organisateur, oh la honteuuuu) en lui collant 4 mn dans le museau. Les 120 bornes seront avalées dans des temps records et permettrons aux pilotes de se lâcher un peu après une semaine de course pleine de surprises et de rebondissements. Au podium, les Caron devant, suit un buggy puis.... 3 RZR !
Que dire en conclusion ? Que ce “petit rallye” offre une formule parfaitement équilibrée, passionnant, humainement accessible, chaleureux même et ne sacrifiant pas à son tarifs ultra placé la sportivité ou la qualités de ses prestations. Certes, un rallye raid demeure un rêve que beaucoup ne pourrons réaliser. Mais avec le M'hamid Express, vous aurez pour d'autres une raison de plus de pouvoir connaitre l'exaltation du pilotage en Afrique et des sensations extraordinaires, limite de l'addiction. Quand aux SSV, comme je l'ai exprimé en début d'article, je n'y croyait pas plus que ça. Vitesse de pointe réduite, préparation tardive pour certains, “fragilité récurante” en utilisation intensive ne semblait pas à mes yeux offrir des garanties justifiant autant de motivation.
Surtout que d'autres avaient déjà essayé ailleurs et avec des résultats plutôt moyens, pour ne pas parler d'abandons systématiques... Hé bien je me suis planté, même si il manque bien 20 bornes aux RZR, ils ont prouvé leur raison d'être sur une rallye accessible mais loin d'être facile.
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